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Quand vous entrez dans une zone sombre de votre vie

pourquoi ne pas garder l'insouciance d'enfants joueurs

qui trouvent naturel de passer du jour à l'obscurité

acceptant ainsi la dualité du monde ?

car ainsi, sans nul doute et sans même s'en soucier

la lumière bientôt reviendra ....



Archives, mensuelles: SEPTEMBRE 2013


13 Sep 2013

LE CHAMANISME ET LA MAÎTRISE DES REVES

publié par Paul degryse le 13 Septembre 2013 à 20H09- vu 2610 fois - Print


Depuis la plus haute antiquité, les rêves ont toujours impressionné les hommes. Leur contenu souvent étrange, les émotions fortes qui en accompagnent fréquemment les péripéties n’ont pas manqué de les interpeller très tôt, selon les témoignages que nous ont laissé les plus anciens écrits et les plus anciennes représentations graphiques de l’histoire humaine. Les peintures pariétales trouvées dans de nombreuses cavernes témoignent que depuis au moins vingt à trente milles ans, les hommes préhistoriques semblaient se livrer à leur interprétation, les utilisant peut-être même pour prévoir, voire orienter le déroulement des expéditions de chasse dont dépendait leur survie.

 

Mais c’est avec les débuts de la psychanalyse et l’œuvre considérable de Jung que les rêves sont revenus en force sur la scène psychologique en tant qu’outil d’une meilleure connaissance de soi .

 

La science des rêves fait désormais partie des multiples outils du développement personnel dont l’homme dispose actuellement et chacun y va de son petit manuel d’interprétation destiné à aider ceux qui pensent trouver dans celle-ci un moyen de mettre de l’ordre dans une vie intérieure et quotidienne perturbée par des troubles émotionnels incontrôlables ou des phobies qui s’opposent à leur bien-être.

 

De nombreux psychothérapeutes les utilisent, en les associant ou non à l’hypnose, pour tenter d’effacer chez leurs patients des blessures et traumatismes lointains que ces derniers ont subis dans leur enfance.

 

Dans un cadre moins thérapeutique mais plutôt orienté vers un enrichissement intérieur, il est souvent conseillé de noter ses rêves dès le réveil pour que le sujet s’introduise ainsi progressivement dans le monde étrange de son inconscient, avec l’arrière- pensée d’obtenir des réponses à des problèmes quotidiens que le mental n’est pas capable de résoudre.

 

Mais ce sont les cultures chamaniques qui ont, indubitablement, poussé le plus loin la science des rêves et leur utilisation concrète au service de la guérison globale et du progrès de l’être humain. Ce sont notamment, les chamanes «dits toltèques» du Mexique qui pratiquent en effet couramment, une manipulation de l’attention leur permettant de s’éveiller dans leurs rêves et de les orienter à volonté à partir d’une forme particulière de volonté qu’ils appellent «Intento».

 

Précisons que cette appellation de «toltèque» est donnée à ces chamanes par Don Juan, le maître et initiateur yaqui de Carlos Castaneda , parce que leurs connaissances ont surtout été acquises dans les tous premiers siècles de cette civilisation précolombienne du Mexique, qui aurait connu , avec le règne de l’empereur mythique Quetzalcoatl, plusieurs millénaires avant Jésus-christ , une période exceptionnellement brillante sur le plan ésotérique et spirituel, avant de sombrer à nouveau dans un impérialisme pan-mexicain fondé sur une exploitation guerrière et très réductrice de ces connaissances.

 

Pendant cette seconde période les vrais chamanes étaient obligés de se cacher et de travailler à leurs recherches en secret pour échapper aux persécutions du pouvoir toltèque impérial puis à celles du pouvoir aztèque et enfin à celles du pouvoir christianisant des conquistadores.

 

Aucun de ces pouvoirs politiques ne pouvait supporter, en effet, l’existence d’hommes qui détenaient des connaissances d’une capacité libératrice incomparable de la conscience humaine dont la divulgation aurait mis en danger l’ordre social sur lequel reposait leur domination et qui avait pour base principale l’ignorance de soi. (D’après des documents que j’ai consultés à l’université de Mexico pendant mon voyage d’études et d’initiation dans ce pays en septembre 2007).

 

Pour mieux comprendre comment les chamanes pratiquent le rêve conscient et utilisent celui-ci d’une façon beaucoup plus audacieuse et étonnante que nos psychanalystes, il convient d’abord de connaître le cadre métaphysique, très différent du nôtre, dans lequel leur conscience fonctionne.

 

Les chamanes toltèques décrivent la conscience totale de l’être humain comme composée de trois parties: le tonal, l’âme et le nagual. Notre attention change selon qu’elle s’ouvre à l’un ou aux deux autres champs de notre conscience totale et nos possibilités d’action, ce que les chamanes appellent «notre pouvoir», s’élargissent en proportion de cette ouverture.

 

Le tonal, qui est notre premier champ de conscience, est aussi appelé le «connu» parce qu’il réunit tout ce que l’individu connaît, ou, plus exactement, croit connaître, en réalité tout ce qu’il peut identifier, décrire , nommer, tout ce à quoi il peut attribuer un sens et un rôle, tout ce qui lui est familier et dont tous ses codes, essentiellement la pensée et le langage, peuvent rendre compte.

 

L’être humain s’enferme très tôt, dans ce petit univers de représentations parce que ce monde est régi par une sous-fonction de son attention appelée «attention sélective» qui est elle-même au service entier et inconscient de la mémoire, l’une des deux forces abstraites qui gèrent tout ce qui existe dans l’univers et dont le rôle est de conserver l’organisation du monde à tous ses niveaux. L’homme ne peut agir que sur ce que cette attention sélective , orientée par ses mémoires, lui permet de percevoir. Les résultats de ses actes validant les filtres de sa conscience sélective, ils renforcent la force conservatrice de la mémoire et il s’enferme ainsi dans un processus temporel répétitif voulu par celle-ci pour donner de la consistance au temps et que les chamanes toltèques appellent le premier anneau de pouvoir.

 

Le nagual, ou troisième champ de conscience, est totalement l’inverse du tonal, il est son opposé/complémentaire. C’est l’inconnu de l’homme qui s’étend du plus proche de celui-ci à l’infiniment lointain jusqu’à l’indescriptible. Son rôle est d’introduire dans la continuité du tonal, des ruptures, des changements, de la nouveauté, de l’évolution. C’est un espace de pure et d’immense créativité, l’opposé total et la force intimement complémentaire de la mémoire. Bien que ce champ du nagual ne se présente pas à l’homme avec la visibilité du tonal, il se distille goutte à goutte dans celui-ci. Par nature, étant son inconnu et étant infiniment plus vaste que le tonal, il ne peut en effet être perçu par lui, d’autant plus que la mémoire semble agir comme si elle cherchait à tout prix à conserver son pouvoir de permanence et de stagnation sur la conscience de l’homme , cherchant par de multiples astuces à empêcher le nagual, la seconde force qui régit l’univers, de venir bouleverser son ordre conservateur, principalement par la peur .

 

Le nagual est le monde où se vivent les rêves ordinaires, qui sont en fait des incitations du nagual à le visiter plus délibérément, à condition précisément de ne pas les oublier, ce qui est le plus souvent le cas, la pression, dès le réveil, des préoccupations innombrables du tonal les effaçant de notre champ de conscience diurne dominé par les innombrables routines du quotidien.

 

Le troisième champ de conscience de l’homme est son âme . Dans presque toutes les religions, l’âme est considérée comme une sorte d’entité morale qui guiderait l’homme vers le bien mais aussi comme une super-conscience immortelle . La première de ces deux attributions est totalement étrangère au chamanisme pour lequel, en revanche, elle est aussi le noyau immortel de l’être vivant mais dans un sens énergétique du mot relié à son rôle de véhicule pour voyager dans le nagual dont elle partage la nature créative tout en étant intimement proche de la dimension individuelle et unique du tonal de chaque individu.

 

L’âme de l’être vivant est identifiée par les chamanes au corps lumineux qu’en état de voyance, certains d’entre eux peuvent percevoir autour du corps physique de celui-ci. C’est le fameux double de l’individu, selon les termes de Don juan , qui, se détachant partiellement du corps physique endormi, peut voyager dans l’infini du nagual ( ce qu’on appelle une sortie du corps) en état de rêve conscient. L’âme est un hologramme de la conscience créatrice de l’univers qui est à l’origine de chaque incarnation dans le tonal d’un être vivant.

 

Une fois né, celui-ci se replie ensuite sur lui-même , par l’action enfermante de son tonal pour devenir un être individuel qui va chercher son autonomie, poussé par la soif de liberté, en faisant le chemin de retour, c’est-à-dire par l’éveil à son âme et par la navigation aventureuse dans le nagual à laquelle celle-ci va l’inviter. Cela commence pour tout le monde par les rêves ordinaires puis, si un individu en a l’audace, par les rêves conscients. Dans le rêve ordinaire, le rêveur reste passif, il est un simple spectateur de ses rêves. Il les subit mais s’il dépasse ce stade en cherchant à s’éveiller pendant qu’il rêve, il peut devenir actif et conscient de rêver. S’habituant à visiter le nagual, il va ensuite, peu à peu diriger son rêve.


Ce travail va développer en lui une force, un pouvoir sur lui-même que très peu d’autres techniques chamaniques peuvent lui procurer, car parallèlement, il va devoir, pour survivre dans ce monde, travailler impérativement un grand équilibre émotionnel et mental. Ce monde du nagual est en effet tout aussi ambigu que notre monde ordinaire. Il recèle autant de bien que de mal, autant de bienveillance que de malveillance, toutes sortes d’êtres dénués de nature corporelle s’y trouvent, se nourrissant d’énergie subtile de façon prédatrice ou, s’ils sont du coté bienveillant, cherchant un échange d’énergie avec tout ce qu’ils rencontrent. Parmi eux se trouvent des alliés potentiels dont se servent les chamanes guérisseurs pour soigner l’âme de leurs patients.

 

Dans la vie quotidienne, l’âme est toujours discrète. Mais parfois elle provoque l’inertie et la passivité d’un individu, en le poussant à faire des erreurs, à souffrir, à connaître la maladie, tout cela pour qu’il évolue et s’intéresse à son troisième champ de conscience et ne reste pas un être qui mourra sur la terre en restant un humain inachevé, un être immature.

 

On ne peut pas objectiver l’âme, parce que c’est toujours elle qui est au centre du sujet. C’est elle qui, sans qu’on le sache ni qu’on le sente, perçoit, vit, agit, décide, à travers le tonal, et l’homme, en état de conscience ordinaire est persuadé que c’est seulement son tonal qui fait tout cela.

 

Le monde du rêve est un monde réel, tout aussi réel que le monde ordinaire dans lequel nous vivons notre tonal . Le tonal est l’une des innombrables options que notre âme a choisi parmi toutes celles qui demeurent à l’état potentiel dans notre nagual. Nous rêvons notre vie normale et pensons qu’elle est la seule réalité et que par contre, nos rêves ne sont pas réels simplement jusqu’au jour où nous faisons nos premiers rêves conscients tout comme cette vieille paysanne isolée au fond des montagnes du Caucase croyait que les paysages et villes représentées sur des cartes postales que lui envoyait son neveu n’existaient que dans les livres et que ces cartes n’étaient que des copies de ces livres, jusqu’à ce que son neveu , de retour d’Europe lui paya un voyage à Paris, ce qui fut un choc immense pour elle et la laissa muette, incapable de dire un mot pendant plus de trois semaines après son retour en Abkhasie .


L’homme normal n’arrive pas à orienter sa vie quotidienne selon ses désirs profonds. Il est tout aussi passif dans celle-ci qu’il l’est dans ses rêves ordinaires, mais à partir du moment où il s’engage dans la pratique des rêves conscients, il comprend qu’il est un créateur de réalités qui s’ignorait jusque là et que cette créativité pourrait tout aussi bien s’appliquer dans son tonal et, plus précisément par l’introduction des matériaux de son nagual dans son tonal.

 

Un homme de ma connaissance faisait souvent le rêve obsessionnel qu’il était dans un manège vertigineux en plein ciel. Régulièrement, après quelques voltes et tournants, sa cabine se décrochait du manège et il se sentait s’écraser au sol, la cabine ayant rompu ses amarres, avec le sentiment d’hurler de terreur jusqu’à ce qu’ Il se réveillât tout aussi régulièrement trempé de sueur et le cœur battant la chamade.


Il apprit à faire du rêve conscient pendant plusieurs mois, fit sa première expérience et attendit jusqu’à se que son rêve obsessionnel se représentât. Cela mit du temps mais un jour enfin, il refit ce rêve. Il s’éveilla immédiatement dans le rêve, sachant qu’il rêvait mais la première fois, il ne put quand même éviter la sensation de peur n’ayant pas encore assez de pouvoir pour décider une autre issue, mais à la dernière seconde, il pensa que, de toutes façons il ne se ferait pas de mal . Cependant il se réveilla encore couvert de sueur.

 

Plusieurs semaines passèrent puis un jour il décida, le rêve ne se représentant pas, de le programmer juste au moment de sombrer dans le sommeil. Il fit son rêve de manège et, éveillé immédiatement dans celui-ci et beaucoup plus lucide et sûr de lui, il décida instantanément de transformer la cabine détachée en petit avion. Il se retrouva planant dans un ciel serein, au volant de son aéronef, serein et dans un état de lucidité extraordinaire, sachant qu’il rêvait, jusqu’à ce qu’il émergeât dans son lit, plus du tout apeuré.


J’ai personnellement expérimenté à plusieurs reprises des rêves conscients, et après plusieurs d’entre eux, je me réveillai un matin en me disant: « où est la vraie réalité, dans ce rêve ou ici?»

 

Le mystère demeure cependant, je n’ai pas plus d’explications pour éclairer comment cela est possible et surtout comment il se fait que nous puissions aller chercher dans le nagual, au cours d’un rêve conscient, des alternatives de scénario de vie, comment aller y chercher des changements intérieurs qui vont se réaliser pour améliorer notre vie. Tout ce que je sais, c’est que ma volonté de changement intérieur est devenue beaucoup plus efficace depuis que je visite de plus en plus mon nagual. Il semble que la difficulté de comprendre tout cela réside dans le fait que dans ce monde-ci règne la matière, les choses et les êtres sont de chair et d’os mais tout cela n’est-il pas justement la preuve de cette extraordinaire capacité de création que possède notre conscience, de création véritable, veux-je dire , d’incarnation instantanée de nous-mêmes et de tout notre environnement. Vivre serait cela, vivre c’est-à-dire être doté d’une conscience qui sait qu’elle vit, serait la manifestation rendue inconsciente, banale, de créer tout ce qui est vécu et pas seulement d’être là jusqu’à ce que nous décidions, soit par la souffrance soit par pure curiosité, de changer profondément l’utilisation que nous faisons de notre attention.

 

A la question: « pourquoi rêvons-nous?» les chamanes répondent donc: «nous rêvons pour nous réveiller à la puissance créatrice de la conscience qui est en nous…» ce qui est un paradoxe amusant!


«Et à quoi peut servir cette puissance créatrice?» rétorquera peut-être le lecteur. A cette question , il y a plusieurs réponses: d’abord, s’autoguérir devient possible avec l’intention développée pour parvenir à rêver. Guérir les autres, ( moins promoteur pour l’humanité car cela , on l’a déjà vu, entraîne l’assistanatpuis l’exploitation de celui-ci). Enfin nous rêvons pour accéder à une liberté d’utiliser notre conscience dans une gamme plus large de possibilités dans un but uniquement ludique et gratifiant ( ce que les chamanes toltèques appellent: la navigation de l’esprit dans l’infini).

 

Concernant la nature profonde de la réalité, matérielle ou/et psychique, la physique quantique vient tout doucement à la rencontre du chamanisme: doutant fortement qu’il y a quelque chose de matériel derrière la matière, elle fait dire à un grand mathématicien et physicien , Lord Eddington: « il se pourrait que tout cet univers ne soit que mental». Les états potentiels du monde physique, à l’échelle de l’infiniment petit, d’où le regard du témoin, tire, par sa seule présence, une réalité concrète comme l’affirme la physique quantique décrivant ainsi tout le processus de la rencontre du sujet et de la réalité soi-disant objective, font penser, d’une façon troublante, au nagual d’où le rêveur va extraire une alternative de scénario de vie plus conforme à sa recherche d’épanouissement personnel et d’où, de façon plus merveilleuse encore, nous tirons sans doute notre propre existence incarnée, le rêve que nous avons privilégié à la naissance , celui que nous appelons «La Réalité» et que nous croyons être la seule de nous-mêmes.

 

Pour conclure, je citerai cette phrase connue mais pas toujours comprise d’un sage et chamane aborigène:«en devenant conscient que tu rêves ta réalité, tu deviens capable de réaliser tes rêves».


S’intéresser et s’approcher du chamanisme, pour l’homme moderne, perdu dans un matérialisme destructeur et stérile, ne serait-il pas la meilleure façon de s’éveiller , pour lui comme individu et pour la survie de la planète , au fait que rêve et réalité sont les deux faces d’une même chose et qu’en prendre conscience pourrait bien le débarrasser de toutes les compensations matérialistes toxiques que le stress fondamental lié à son ignorance de cette chose, le pousse à vivre?

 

Paul Degryse – site: chamanisme-ecologie.com – auteur de six livres dont le dernier paru: « le chamanisme toltèque et le pouvoir de l’âme» ( editions Dervy) – contact: wambli.cd@live.fr