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7 Mar 2011

LE DEVELOPPEMENT DE LA VOLONTE ET LE CHAMANISME TOLTEQUE

publié par Paul degryse le 7 Mars 2011 à 00H03- vu 209 fois -


La psychologie occidentale a toujours considéré que la volonté  était l'une des capacités les plus importantes du caractère humain pour réussir son existence. Avoir de la volonté semble en effet déterminant dans tous les domaines de la vie : poursuite du bien-être et de l'harmonie relationnelle, réussite sociale,  gestion et maintien de  la santé (à condition bien sûr d'avoir choisi d'être responsable de celle-ci !).

Cependant tous ces éléments du bonheur n'étant  pas donnés a priori à chacun d'entre nous, il nous faudra souvent les acquérir  ou les conforter dans un combat parfois assez long  contre des dispositions intérieures  de nature contraire : des points faibles, des résistances, des croyances  négatives, etc…


La difficulté réside dans le fait que celles-ci ont été façonnées et renforcées puissamment par la mémoire et son système de programmations qui s'enracinent en nous dès l'enfance et même avant la naissance, voire dans le passé très lointain de nos filiations.


Comprendre que le combat pour le bonheur est avant tout un combat contre la mémoire nécessite une petite mise au point à propos de celle-ci. La mémoire n'est bien sûr pas seulement la capacité de se souvenir de quelque chose que nous avons oublié, mais la force  abstraite qui, dans tout objet, tout phénomène, tout être vivant, tend à  en  préserver  les caractéristiques pour que, dans l'écoulement du temps, celles-ci soient conservées et reproduites. La mémoire est donc la force qui donne de la durée, de la permanence à tout ce qui existe. Son rôle est de conserver le niveau d'organisation spécifique et le rôle que chaque chose possède dans l'univers.


Elle n'est pas seulement présente dans les êtres évolués et dotés de conscience mais dans tous les états et niveaux d'évolution et de complexité de la matière et de la vie des quatre règnes (règne minéral, végétal, animal et humain).  Si nous prenons l'exemple d'un atome d'hydrogène, le plus simple  de tous, le seul ion négatif qui tourne régulièrement autour du noyau de l'atome de façon persistante le fait parce qu'il est  dirigé par la mémoire  de cet atome  pour en conserver l'organisation et la spécificité.


Imaginez-vous vous-même totalement privé de mémoire à la fois dans votre esprit et dans votre corps, un beau matin en vous levant et je dis bien " totalement " !  vous seriez réduit, en termes de compréhension de la situation et de  capacités  à   vous orienter et à agir pour survivre, à moins de choses que cet atome d'hydrogène, vous ne sauriez ni ne pourriez accomplir aucun des gestes élémentaires vous permettant  de bouger, de vous alimenter de vous orienter et votre corps lui-même, ayant perdu toutes les mémoires automatiques de fonctionnement interne tomberait dans un chaos immédiat qui vous ferait mourir instantanément.


Pour les chamanes toltèques, la mémoire est l'une des deux forces cosmiques qui façonnent tous les êtres de l'univers, la seconde étant son opposée-complémentaire qu'ils appellent " la force de changement " ou "  force de créativité évolutive ". Cette seconde force se caractérise  par son action de rupture avec ce qui précède et l'émergence systématique d'un nouvel état de la réalité.


La conscience de l'homme  est ainsi partagée en deux parties : le connu (ou  le  tonal) géré par la mémoire et l'inconnu (ou  le nagual) géré par la force de changement.


La force de changement fait donc émerger notre potentiel d'évolution, elle contient tous les possibles non encore réalisés dans l'univers, mais en même temps, elle est chaotique. Rien  n'est en ordre en elle car ce qui met les choses en ordre et les organise  dans l'esprit d'un individu qui apprend quelque chose, passant du connu a l'inconnu, c'est le tonal.  La force de changement est imprévisible  et destructrice par nature  puisqu'elle efface l'état passé des choses pour lui substituer un état nouveau, mais comme elle ne s'exprime jamais seule mais seulement en alternance  avec la force de permanence  ou même mélangée à  elle, cette nature destructrice et chaotique est tempérée par la force de permanence. C'est donc le côté positif de sa double nature qui prédomine, c'est-à-dire : le progrès, la création du " nouveau ". Parfois les choses changent très lentement et très régulièrement,  et nous ne  nous en apercevons presque pas, c'est la force de permanence qui semble prédominer, le train-train quotidien n'est pas trop bouleversé. Parfois le rythme de changement se précipite, prenant l'allure d'un cataclysme et la rupture avec le temps  nous saisit, nous laisse sans réaction, de façon parfois dramatique, une crise existentielle surgit, nous forçant à nous dépasser pour vivre un grand changement intérieur.


En somme, la mémoire infléchit l'énergie des choses dans le sens de la répétition à l'identique pour les maintenir dans le connu pendant que la force de changement, simultanément ou alternativement, l'infléchit dans le sens de la rupture  et de l'innovation pour faire émerger l'inconnu dans le connu. Leur relation exprime le grand principe de la dualité dynamique qui signifie : rencontre de deux énergies à la fois opposées et complémentaires. De  leur éternel combat émerge  l'écoulement contrasté  de l'univers, tour à tour  paisible et harmonieux  ou au contraire chaotique et sauvage ou parfois encore simultanément les deux.


Rapportée dans notre monde quotidien, on peut donc observer que la mémoire s'oppose  naturellement au changement  et si nous revenons au sujet qui nous occupe, comment  trouver la volonté  de changer  sa vie pour  progresser, c'est elle qui va s'opposer à ce changement.  Quand, insatisfaits de ce que nous sommes,  de notre situation sociale, de nos relations  amoureuses, quand , nous  sentant sans énergie ou  tout le temps malades nous projetons  des changements dans nos façons de penser ou dans nos comportements et nos réactions émotionnelles , nous trouverons encore et toujours la mémoire sur notre chemin comme puissance de résistance à cette transformation.


Si nous ignorons  l'existence de ce couple d'opposés-complémentaires qui gouverne l'univers tout entier et  le fait que c'est simplement notre propre mémoire qui nous mène la vie dure,  nous n'accepterons pas cette sourde opposition intérieure au changement et nous aurons l'impression extrêmement désagréable d'entrer  ouvertement en conflit avec nous-mêmes. C'est alors que l'ombre du découragement se profilera  et notre mental, l'un des  complices de la mémoire, nous fournira  toutes les bonnes raisons de renoncer au changement désiré. Nous éprouverons alors un sentiment étouffé d'échec, qui ne fera qu'affaiblir encore plus une confiance en soi qui n'en avait pas vraiment besoin dans ce moment critique de notre vie.


C'est ici que l'énergie de la volonté devrait logiquement entrer  en scène.


Comment définir la volonté ?

Ce n'est bien sûr pas seulement le fait de désirer fortement quelque chose mais le fait d'agir pour le réaliser malgré les obstacles éventuels à cette réalisation. D'ailleurs, c'est précisément quand la chose est difficile que l'on peut commencer à parler de  volonté.  Plus un acte est difficile à réaliser soit à cause du risque à prendre, soit parce qu'il faut apprendre quelque chose que l'on ne maîtrise pas au départ soit parce qu'il y a des résistances extérieures ou intérieures à cette réalisation, plus on pourra parler de volonté ou d'absence de volonté.  Bien sûr, ces résistances dont nous voulons parler ici sont les résistances intérieures au changement des multiples routines d'ordre mental, émotionnel ou comportemental qui composent notre personnalité  et l'on a vu que la mémoire en est la racine. La volonté sera ici le troisième larron dans l'arène intérieure de la conscience, s'alliant bien sûr avec la force de changement pour vaincre la résistance de la mémoire et ses multiples pièges. C'est alors que surgira un autre problème : la mémoire étant la base de tous les contenus de notre connu, nous ne sommes pas toujours celui qui veut ce que nous voulons !  Autrement dit, si tout notre tonal est le fruit de programmations pré et post-natales, notre volonté elle-même l'est aussi !


Comment savoir, dans ce cas, si c'est vraiment moi qui vais me réaliser par le changement que je vais aller chercher dans l'inconnu  puisque le désir que j'ai de ce changement est peut-être  lui-même dirigé par ma mémoire ?  

Imaginons que je sois  casanier et que  cela me faisant  souffrir pour diverses raisons, la solution me semble être de commencer à voyager -  un doute peut surgir : suis-je vraiment fait pour cela ?  

La réponse est : la peur que j'ai de changer ma routine fait aussi partie de ma  mémoire, et ma volonté défaillante aussi !  

Je ne peux connaître à l'avance le type de volonté qui m'attend de l'autre coté, dans l'inconnu : le changement est nécessairement  une aventure - la volonté n'est pas un paramètre fixe, natif et immuable, elle peut être  découverte, transformée à condition d'accepter sa propre nature dualiste : la conscience est naturellement constituée de deux parties : tonal et nagual, force de permanence et force de changement, cela a certainement une raison d'être  si cela m'a été donné !


Loin de tout intellectualisme et maîtrisant cependant merveilleusement bien leur attention et leur mental, pendant des millénaires, les chamanes toltèques ont observé l'homme à la lumière des mécanismes de la nature, sa mère la terre, et ils  ont pu développer  une connaissance stupéfiante des processus énergétiques qui régissent non seulement tous les phénomènes mais aussi la relation du corps avec l'esprit.  Ils ont vu ainsi que la volonté ordinaire de l'homme est en fait l'embryon d'une force mystérieuse, le plus souvent ignorée de lui-même qui est la source de tout ce qui existe  et que cet être, qui pour l'instant vit le plus souvent dans l'obscurité, est appelé comme la chrysalide, à s'envoler vers la lumière, doté de pouvoirs magiques.


Ils ont alors  mis au point un grand secret : comment développer la volonté la plus ordinaire en une force créatrice toute puissante appelée  Intento (L'intention) qui n'est, après tout que le potentiel naturel de l'homme.


La volonté ordinaire de l'homme n'est en fait qu'une étape vers  Intento.  Il doit aller vers l'intention pour ne plus avoir besoin de la volonté.  Quand  il commence à utiliser l'Intention,  le chamane déjà expérimenté  ne se sert plus de la volonté, du moins telle que nous l'entendons dans le langage habituel car, profondément enraciné dans l'instant présent, il est instantanément en harmonie avec les deux autres dimensions du temps : le passé  et le futur.


Pour pouvoir appliquer cette découverte au niveau de la vie quotidienne, ils ont défini plusieurs principes dont la mise en pratique permet à toute personne qui le désire un minimum de développer sa volonté sans limites  même s'il en a une quantité modérée au départ.


Le premier principe est le suivant : tout, absolument tout est énergie qu'il s'agisse de la matière, de l'esprit  ou de ce qui les relie, la volonté est donc une forme abstraite d'énergie. Or, ce qui distingue  la vie réussie et la santé florissante d'une personne épanouie de celle d'un  " looser " faible et en mauvaise santé ce n'est pas le fait que le premier a plus d'énergie que le second mais le fait qu'il sait comment  utiliser  l'énergie qu'il a.  L'homme qui, par exemple, passe son temps à se plaindre, dépense beaucoup d'énergie dans cette occupation. La démarche du déplacement d'énergie supprime une croyance négative quasiment  insurmontable  pour celui qui veut développer sa volonté : il croyait ne pas avoir d'énergie de volonté mais il réalise que tout est en lui et qu'il ne s'agit pas d'acquérir quelque chose qu'il n'a pas mais seulement de réorganiser quelque chose qu'il a déjà.


Ainsi,  non seulement nous pouvons vouloir notre volonté  mais vu qu'il s'agit exactement  de la même force qui anime l'univers en perpétuelle évolution, on n'a pas  le choix : c'est notre chemin vers le haut qui exige que nous la développions. De même que pour simplement vivre, il faut tout le temps vouloir vivre, de même pour vivre mieux il faut nécessairement  vouloir mieux vivre, il s'agit d'une même volonté en actes que celle du simple " vouloir vivre ".

En un mot : changer, quelque soit le changement c'est changer de volonté ce qui est aussi naturel que grandir pour un enfant.


Le second principe est le suivant : la volonté et l'action fonctionnent  de façon interactive et circulaire. Une anecdote vécue avec l'un de mes élèves illustre bien ce principe.  Après avoir fait un stage d'initiation avec moi, Jean-Paul m'appelle trois mois après pour me donner de ses nouvelles. Je lui demande alors s'il fait toujours bien ses exercices de gestes conscients (une sorte de chi-kong chamanique développant plusieurs points dont la circulation d'énergie, la confiance en soi et la volonté). Il me répond textuellement : " oui, au début, je les faisais, mais au bout de quelques semaines, je n'ai plus eu la volonté alors je les ai arrêtés " - Je lui dis alors : "  tu ne  t'exprimes pas tout à fait comme il faut,  tu devrais dire :  je les ai arrêtés donc j'ai cessé de développer ma volonté ". En réalité, comme tous les phénomènes de l'univers,  tout ce qui relie la vie consciente au monde extérieur par l'intermédiaire de l'action, a une forme circulaire. Dans le cas présent, il faut tout autant continuer les exercices pour développer sa volonté qu'avoir un peu de volonté pour continuer ses exercices. C'est le passage à l'acte immédiat mais répétitif qui va faire la différence et déclencher la spirale du progrès. Prendre conscience de cette circularité est un atout considérable pour réussir sa vie et se dépasser en tous domaines.


CLAUDE PAUL DEGRYSE - auteur de " chamane, le chemin des immortels " (ed.dervy) - stages, formations et conférences -  site : chamanisme-ecologie.com - email : wambli.cd@live.fr - tél : 05.24.36.59.71